Elektrine lite

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@kildir@eldritch.cafe

2026-04-27 20:13 UTC

LA LÉGÈRETÉ (divagations introspectives) Je réfléchissais à ça, en déambulant dans les rues de Milan, à faire ma touriste, spritz, glace fior di latte et tutti quanti, je réfléchissais à la légèreté. Encore un bon coup de ma psy, ça, du bon grain à moudre, plutôt que de broyer du noir. Depuis quand je l’avais perdue, je veux dire le peu que j’en ai eue, le peu de répit que je pouvais avoir entre deux blessures, le peu de légèreté que je goûtais quand j’avais l’impression d’être environ à ma place, à peu près au bon endroit, où mon corps n’était ni trop encombrant ni trop absent, quand je n’étais ni labourée par le manque, ni étouffée par une colère froide, ni écrasée par les bruits et les odeurs et l’étrangeté familière de tout, quand l’ennui et la conscience accablante de l’absurdité des contingences ne prenaient pas mon cœur en étau. Souvenir, autocitation : - Rien n’est assez et tout est trop. - Mon éternelle envie de bien faire, de cohérence, d’excellence, de plus et de mieux, ce n’est pas une quête de perfection, si par perfection on entend du lisse, du droit, du rien qui dépasse et de l’unisson, du bien accordé – ce n’est pas une quête de pureté, je n’ai pas ce vice-là, non plus, je ne crois pas. Il y a l’intensité, déjà - c’est l’intensité ma drogue dure. C’est l’intensité qui me guide, me pousse, me tire, me chahute et m’assomme. Il y a aussi que je ne sais pas hiérarchiser, et que je voudrais être sur tous les fronts. Il y aussi ce besoin de justesse. Combien sommes-nous dans cette anxiété permanente d’être moins ceci en voulant être plus cela ? Être un parent présent, lire des choses, tenter d’en écrire – tenter, essayer, toujours essayer, recommencer à essayer, tenter d’essayer de recommencer – avoir une vie amoureuse, être une bonne professionnelle de santé, s’informer, se rendre compte, prendre conscience, prendre soin, avoir peur, avoir honte. Surveiller sa parole, policer son comportement. Traquer ses insuffisances. Fustiger ses complaisances. Quelque soit la focale, la légèreté m’échappe. Où est la légèreté en temps de génocide, en temps d’écocide, en temps d’aggravation abominable des inégalités ? Où est la légèreté quand la conscience que demain n’existera peut-être pas a grossi dans mon sein droit au sortir de l’adolescence ? Il y a l’urgence, il y a toujours eu l’urgence. Je ne sais pas attendre, parce que je ne sais pas combien de temps. Ces dernières années j’ai déployé des efforts considérables à embrasser la lenteur. Accepter que prendre son temps n’est pas le perdre – et perdre son temps n’est pas un crime. L’excellence n’est pas une obligation. La médiocrité n’est pas une tare. L’essentiel n’est pas là – l’essentiel est quelque part dans les failles, les interstices, les pas de côté, les ratés magnifiques, les fous rires et les glissades. L’essentiel est dans la joie de retrouver, au sortir de l’hiver, à la nuit tombée, le bruit caractéristique du hérisson qui renverse la gamelle du chat en finissant ses croquettes. L’essentiel est dans un silence partagé, un long silence aimant, sans attente, sans inconfort. Le jeu, le plaisir du jeu, me dit ma psy – ça ne me parle pas tellement. Je ne suis pas très joueuse. Il doit y avoir – il y a à l’évidence – de multiples formes de légèreté. La légèreté comme un haiku, comme un surgissement. Comme un regard qui diverge. Une présence discrète, un effacement – une modulation. J’y reviendrai. Je réfléchis encore. Je pose ça là, tant que c’est chaud, tant que c’est imparfait, vacillant mais tangible. Presque léger.

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