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@JacquesCaplat@eldritch.cafe

2026-03-26 11:23 UTC

[Cadmium et bio - suite] ➡️ 2) Les engrais organiques (fumier, compost) utilisés en bio peuvent contenir un peu de cadmium via l'alimentation des animaux qui les ont produits Cette affirmation n'est pas un constat scientifique mais une énormité + une spéculation fumeuse. L'énormité : le taux de cadmium dans un engrais organique ne peut pas dépasser 3 mg par kilo, alors qu'on parle de taux de 90 mg par kilo pour les engrais phosphatés. Plus précisément, les engrais organiques bio ont même un maximum légal de 0,7 mg de cadmium par kilo, c'est-à-dire un rapport de 1 à 100 par rapport aux pratiques conventionnelles. Escamoter une aussi grande différence d'ordre de grandeur est une *faute scientifique*. C'est grave. La spéculation fumeuse : les animaux bio sont nourris avec des aliments bio et c'est un cercle vertueux. Puisque leur alimentation provient de terres ne recevant pas de cadmium supplémentaire, elle est moins chargée que celle des animaux conventionnels. ➡️ 3) Les paysan·ne·s biologiques peuvent utiliser des phosphates naturels tendres Il y a ici une double faute méthodologique. La première est une faute de raisonnement = confondre "produit toléré dans le règlement bio" et "produit utilisé par les paysan·ne·s bio". C'est du même niveau que si un rapport expliquait que les agriculteurs conventionnels détruisent toute la vie de leurs sols car ils labourent 8 fois par an à 30 cm en quadrillant leurs parcelles - car rien ne l'interdit 🤦‍♂️. Rien ne l'interdit mais évidemment personne ne fait ça. Idem ici : ce n'est pas parce que les phosphates naturels tendres broyés ne sont pas interdits en bio qu'ils seraient utilisés. [2/3]

Replies (1)

  • @JacquesCaplat@eldritch.cafe 2026-03-26 11:27

    [Cadmium et bio - fin] La seconde est une faute de méthode, consistant à justifier l'erreur précédente par l'affirmation "qu’en conditions réelles, le phosphate naturel tendre est utilisé dans de nombreuses exploitations en AB", sans en vérifier la réalité. Or cette affirmation fait bondir toute personne travaillant en bio ou avec des bio, tant elle est grotesque et hors-sol. Elle témoigne d'une totale méconnaissance de la réalité concrète des pratiques bio en France - ce qui prouve d'ailleurs, par son énormité, que la personne qui a imposé ce paragraphe l'a fait sur la base de préjugés idéologiques et ne connaît pas de l'intérieur ce dont elle parle. Plus encore : il existe une étude multi-acteurs sur la gestion du phosphore en bio, menée par les institutions agricoles conventionnelles (Arvalis, INRAE, Chambres d'agriculture !) et qui ne peut donc certainement pas être accusée du moindre parti-pris (et dont la contestation constituerait une diffamation scientifique). Cette étude PhosphoBio souligne que sur les 175 parcelles et 866 "situations" étudiées dans des régions de productions bio représentatives et concernées par la question du phosphore, UNE SEULE a reçu des phosphates naturels tendres. Une sur 866. C'est ce qu'on appelle "epsilon", quantité négligeable, 0,11%. Nada. La réalité, attestée par les scientifiques des instituts agronomiques français de référence, qui travaillent réellement sur les pratiques bio réelles, c'est que les bio français n'utilisent jamais de phosphates naturels, "plus ou moins epsilon". ➡️ Ajoutons que les indicateurs de résultat confirment l'intérêt de la bio pour limiter l'exposition au cadmium. Une méta-analyse internationale (synthèse des études sur le sujet) conclut qu'il y a nettement moins de cadmium en bio qu'en conventionnel. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4141693/ Une enquête française menée l'an dernier par l'UFC - Que Choisir ? confirmait également cette information (à l'exception du chocolat à cause d'un biais de collecte… car le chocolat bio étudié provenait de sols sud-américains naturellement riches en cadmium). --------- Les rapports successifs de l'ANSES se basent sur des données solides qui alertent sur l'exposition au cadmium et concluent de fait à la nécessité de développer l'agriculture biologique. Mais très étrangement, le dernier volet publié hier, après un délai qui en devient suspect, semble avoir été "complété" en urgence d'un passage anti-bio de façon à éviter que le scandale du cadmium ne mette en lumière les vertus de l'agriculture biologique. Ce passage, indigne de l'Agence, pose de graves questions politiques et scientifiques. [3/3]

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