2026-03-24 21:38 UTC
Progressivement, l’anxiété a tout grignoté.
Perfectionnisme pathologique, dixit ma psy. Oui, c’est vrai, ce n’est pas une découverte – même si nommer me fait toujours du bien.
J’ai une tendresse pour les mots. J’ai une passion pour les mots. J’ai un amour fou, brûlant, déraisonnable pour les mots.
L’anxiété a gagné tellement de terrain que j’en suis arrivée à être terrorisée à l’idée d’envoyer un sms.
Mon perfectionnisme s’appelle Maurice. Maurice est un sale con. Procureur aux pleins pouvoirs, il me condamne à fermer ma mouille à moins que je sois en lice pour le Goncourt. Il m’accuse de médiocrité caractérisée. La faute est lourde. Le silence est préférable à une bafouille imparfaite. Briller ou se taire.
Depuis que je vois ma psy, j’ai embauché une avocate. Mon avocate s’appelle Gisèle. (Forcément.) Gisèle ne lâche pas l’affaire, elle me défend, elle objecte. Elle charbonne, Gisèle. Je l’aime bien. Elle se bat pour sauver ma peau.
Donc j’y vais, d’accord, merci Gisèle. Même si j’ai peur. De dire des bêtises, de prendre de l’espace, de faire des approximations, de me contredire. De parler de choses pas toujours essentielles alors que tant de choses indispensables ne sont pas assez dites. J’ai peur et j’ai honte.
J’ai peur et j’ai honte et j’ai honte d’avoir peur, parce que quand même, est-ce que je ne pourrais pas arrêter de me regarder le nombril deux minutes ? Il n’y a pas mort d’homme. Il n’y a pas mort de femme. Il y a tellement de morts d’hommes et de femmes, de vraies morts, le visage dans la poussière, que j’ai honte.
Mais le petit vélo va s’arrêter, je freine, je freine et alors – je pourrai parler, je pourrai écrire, de ce qui me touche, de ce qui vaut la peine, pour moi, depuis ma fenêtre – de musique, de poésie, de danse, d’amour – qui sont mes remparts, mes garde-fous, qui sont mon refuge contre le cynisme et l’indécence, contre le marais de la mélancolie dans lequel on pourrait se laisser couler lentement, si on n’y prenait pas garde. Artax, toi-même tu sais.
La prochaine fois, je vous parle de piano, de musique et de continuum. Imparfaitement. Ca va bien se passer.
Merci à @Barmaid pour son invitation ici, et au fediverse d’être une communauté si chouette, diverse et bigarrée, contradictoire et hors norme – vous faites du bien.
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